| Pour changer un peu... |
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Les voyez-vous encore souvent, passants, aux vents flotter les étendards ménagers ? Au clair des jardins familiaux, villageois, faubouriens, entre la balancelle et le carré potager, comptez-vous les drapeaux de la crasse vaincue, flasques trophées mouillés en rangs blancs et courbés ? Au cœur des cités vieilles, populaires, du Midi ou d’ailleurs, des ruelles étroites, torses, pentues, ombrées, mesurez-vous d’un regard goguenard au-dessus de vos têtes les fins dessous diaprés vides des nudités, grands et petits pavois aux fraîcheurs égrillardes agrippés au ciel bleu ? Au bord des rivières reluquez-vous, tentés, les croupes en prière agitées d’indécence quand on bat en cadence aux lavoirs bavards, quand les tortillons de tissu, épuisés et en nage, se déploient lentement dans de larges paniers, attendent la pincée sur la corde du pré ? Mais le progrès des arts ménagers est ainsi fait ! à cause de machines vrombissantes où tourneboulent nos chiffes, on ne hisse plus les couleurs des draps immaculés, les coquettes ne brandissent plus leur lingerie à la barbe du quidam et les lavandières ne s’échinent plus à montrer les courbes de leur derrière. |
| illustration : Le percher des blanchisseuses, Berthe Morizot (1875) |



