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Lundi 19 décembre 2005

Demain 20 décembre, c'est la saint Théophile. Belle occasion de parler enfin de Théophile de Viau, cet emmerdeur et poète du XVIIe siècle, deux professions de foi allant souvent de paire. Mais ce sont des professions à hauts risques, Théophile mourut à 36 ans.

"L'ami de dieu", signifie son prénom. Cela n'empêcha pas, pour son malheur, d'afficher son athéisme face aux dévots de son temps. Il y a toujours des dévots pour empêcher de vivre les individus libres.

Nos dévots d'aujourd'hui ne croient plus au même Dieu, ils se prosternent devant nos médiocres divinités d'ici-bas !

«Imite qui voudra les merveilles d'autrui :
Malherbe a fort bien fait, mais il a fait pour lui.»

Théophile de Viau, Œuvres poétiques.

 

Il voulait qu’on lui fiche la paix, Théophile de Viau, vivre comme il l’entendait, aimer ce qu’il trouvait beau, fuir ce qui le fâchait. C’était un jouisseur. Mais bien sûr, les pisse-froid ne l’ont pas entendu ainsi. De noblesse huguenote, Théophile de Viau naît en 1590 à Clairac-en-Agenois, une ville située à l’entrée de la vallée du Lot. Ce bastion du protestantisme dont la devise était « Ville sans Roy, soldats sans peur » agaçait le pouvoir et l’Eglise, au point que Louis XIII vint lui-même l’assiéger et l’occuper en 1621. Depuis, le bourg s’est assoupi, mais comme le dit son site Internet, Clairac prend conscience de son potentiel touristique et « s'affirme peu à peu comme un petit pôle urbain et touristique de plus en plus fréquenté ».

Ce caractère réfractaire de la ville est celui de son enfant Théophile, qui ne tarde pas à montrer des dispositions à ne rien faire de ce que l’on espère de lui. Esprit libre, la fréquentation des théologiens le convainc de verser dans l’athéisme. Il étudie à l’université de Saumur, puis à celle de Leyde où certains lui supposent des relations intimes avec son condisciple Guez de Balzac, terminées en fâcherie, comme Rimbaud et Verlaine.

Plutôt que de s’attacher au corps médical comme on le prévoyait, Théophile de Viau suit une troupe de comédiens ambulants. Cela lui vaut de se brouiller et de rompre avec son père. Il ne sera jamais un Diafoirus habillé en corbeau ! Pire encore, le voici qui se lance dès l’âge de vingt ans dans la poésie !

Baron de Sigognac mâtiné de d’Artagnan, le Gascon s’installe à Paris en 1615. Là, ce n’est plus dans un roman d’aventures qu’il faut imaginer Théophile de Viau, mais au beau milieu d’une œuvre libertine. Le poète, qui a quelques ambitions et n’est pas dénué d’arrivisme, se met sous la protection des grands de la cour, avec lesquels il mène joyeuse vie tandis qu’il les approvisionne en poèmes. Il est successivement attaché au duc de Candale, au marquis de Liancourt, à Montmorency.

Il devient célèbre, mais s’aliène l’opinion des religieux bien-pensants qui lui reprochent son athéisme, son esprit réfractaire et sa mauvaise influence sur la jeunesse aristocratique qu’il fréquente. Louis XIII, qui l’apprécie mais subit la pression du parti dévot, le condamne à l’exil en 1619. Théophile s’amende, revient en grâce l’année suivante où il se tient bien tranquille. Il côtoie les bien-pensants religieux et va jusqu’à se convertir au catholicisme en 1623 ! Il n’est pas à ça près, Paris lui vaut bien une messe, à l’instar du père de son souverain, le Béarnais Henri IV ! Théophile belles-manières et bien-pensant devient un poète officiel de grande notoriété, jusqu’à devenir le plus célèbre poète de son temps, malgré la présence de Malherbe dans la république poétique.

En dépit de son succès et de sa notoriété, les jésuites en veulent encore au libre-penseur que fut Théophile de Viau et montent une intrigue contre lui. Le père Voisin et le père Garasse l’accusent d’avoir publié un sonnet obscène et blasphématoire dans un recueil collectif mais signé Théophile, le Parnasse satirique. Les jésuites dressent l’opinion contre le poète, le livre est saisi et un arrêt par contumace condamne Théophile de Viau à être brûlé vif.

Il essaie de s’enfuir dans les Flandres mais est arrêté et enfermé de 1623 à 1625 dans le même cachot que Ravaillac, quelques années plus tôt. Paris s’enflamme pour ou contre le poète, qui est finalement disculpé par le Parlement devant l’absence de preuves tangibles de sa culpabilité.  Sa condamnation à mort est commuée en bannissement, mais il est finalement gracié.

Malheureusement, affaibli par sa captivité, Théophile ne profite pas de sa liberté retrouvée. Il meurt l’année suivante, en 1626, à l’âge de 36 ans.

Sceptique et individualiste, Théophile de Viau influencera plusieurs générations d’épicuriens, de libertins et de libres-penseurs, mais aussi de poètes qui laissent davantage de place à l’expression des sentiments qu’à l’élégance et au travail du style. Théophile de Viau écrit ses premières œuvres dès 1610, elles ne paraissent en 1621 et sont rééditées de nombreuses fois au XVIIe siècle.

Il perdure une ombre sur le talent Théophile, qui poursuit sa mémoire comme la guigne depuis qu’il commit, dans sa tragédie Pyrame et Thisbé, deux vers ridicules :::

« Ah ! voici le poignard qui du sang de son maître
S'est souillé lâchement. Il en rougit, le traître! »

rappelés ainsi par Edmond Rostand dans son « Cyrano de Bergerac »

« Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !" »

Mais je parlerai de son œuvre poétique dans un prochain article, rubrique «passion littérature et poésie», avec quelques morceaux choisis du talent de Théophile de Viau !

 
par Christian Goubet publié dans : les emmerdeurs

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