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Mardi 21 mars 2006

  

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Lorsque j’ai commencé à travailler en 1963, dans une agence bancaire, j’ai côtoyé des machines bruyantes à larges claviers, encombrantes et laides sur lesquelles pianotaient à longueur de journée d’étranges dactylographes. C’était la première fois que je voyais fonctionner des machines mécanographiques, appelées tabulatrices, utilisées pour la tenue des comptes de la clientèle et la comptabilité. Quelques années plus tard, lorsque je devins programmeur sur ce que l’on appelait des « ordinateurs de bureau », j’appris que la société Logabax dans laquelle j’étais entré était très connue pour sa production de tabulatrices, dont une célèbre «200 compteurs».

La mécanographie regroupe différentes techniques mécaniques ou électromécaniques qui permettent le traitement des informations. À la différence des machines à calculer, destinées uniquement à automatiser des calculs arithmétiques, tels que les calculateurs mécaniques décrits dans les chapitres précédents, les machines comptables que sont les tabulatrices établissement de documents préparatoires et la tenue des écritures de comptabilité. Il faut attendre la généralisation des ordinateurs et des micro-ordinateurs pour que les tabulatrices disparaissent, vers les années 1970-80.

La première machine mécanographique date de 1884. Elle est basée sur l’utilisation de cartes perforées et, pour la première fois, d’un système de commande par circuit électrique. À cette époque, les États-unis d’Amérique procèdent tous les dix ans à un recensement de la population, ce qui, devient de plus en plus lourd à traiter avec l’accroissement démographique. Un concours est alors lancé afin de trouver le meilleur système de comptage pour le recensement de 1890. C’est Hermann Hollerith qui propose le système le plus performant parmi les compétiteurs, évidemment adopté par le gouvernement.

Hermann Hollerith naît en 1860. Il est le fils d’immigrants Allemands, qui se sont installés aux Etats-Unis en 1848. Ses études lui permettent d’obtenir son diplôme d’ingénieur des Mines en 1879, à l’âge de 19 ans et il entre au Bureau de Recensement en 1880. Il consacre l’année 1882 à l’étude des machines mécaniques à l’institut de technologie du Massachusetts.

La machine qu’il construit en 1884 est tout à fait novatrice. Hollerith s’inspire du système des cartons perforés du Français Jacquard et, dit-on, de la méthode de poinçonner les tickets dans les chemins de fer. Il conçoit une carte en bristol d’environ 14x7 cm qui comporte les cases à cocher pour un individu recensé, en fonction de son profil. La perforation de ces cartes est assurée par une poinçonneuse, un autre système permet leur lecture et leur décodage grâce à des contacteurs électriques à mercure, enfin la troisième partie de ce matériel est composée d’une trieuse actionnée par un électro-aimant qui ouvre la case dans laquelle l’opérateur doit déposer la carte triée.

L’efficacité du système est telle qu’en 1890, grâce à une centaine de machines, les premiers résultats du comptage sont publiés six semaines après le début de l’opération. Mieux, les résultats définitifs du recensement sont publiés seulement deux ans et demi plus tard, soit trois fois plus rapidement que le recensement précédent ! Les machines de Hollerith seront utilisées ultérieurement d’autres recensements au Canada, en Norvège, en Italie et en Russie.

Hollewith est largement honoré pour son invention. Il reçoit même une médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris.

Business is business ! Hermann Hollerith décide de développer industriellement ses machines mécanographiques et de les commercialiser pour d’autres utilisations que le recensement. Il crée en 1896 la Tabulating Machine Company (TMC) qui compte bientôt plus d'une centaine de clients aux USA., équipés avec des machines mécanographiques sur lesquelles Hollerith développe de nouveaux automatismes.

Business is toujours business ! TMC fusionne en 1911 avec CSC, une entreprise de fabrication de balances de magasin, et ITRC qui produit des pointeuses d'employés. A sa tête, Thomas Watson transforme cette nouvelle entité en une gigantesque société industrielle, la Computing Tabulating-Recording Company, CTR Co, qu’il renomme en 1924, International Business Machines, ou IBM.

Je crois qu’il n’est pas nécessaire ici d’insister sur ce nom si célèbre dans l’informatique. J’y reviendrai dans un prochain chapitre.

Mais Herman Hollerith, considéré comme le père de la mécanographie, s’est retiré de la CTR Co en 1921, trois ans avant la naissance d’IBM. Il meurt en 1929.

par Christian Goubet publié dans : Informatic Park

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