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épisodes de l'histoire de l'informatique |
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Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. (Pascal)
Ce qui m’embête, c’est que l’une des premières machines à calculer du monde, la Pascaline, ait été conçue pour aider dans son travail un redoutable pourvoyeur de fric en faveur de l’état. En effet, son inventeur Blaise Pascal était le fils du « commissaire député par sa Majesté en la Haute-Normandie pour la levée des taxes et des impôts ». Et Etienne Pascal, à Rouen, était si rude avec les contribuables qu’ils se révoltèrent ! Si je commence par la Pascaline en introduction à cette petite histoire de Nous sommes en 1642, date de son invention. C’est une année très importante pour la France, Louis XIII passe l’arme à gauche, son fils Quatorze qui n’a que quatre ans monte sur le trône et c’est le début de la Régence et de son bazar avec Anne d’Autriche, la mère du loupiot, Mazarin, bon copain de la mère du loupiot, la Fronde, pas copine du tout avec le copain de la mère du loupiot, et ainsi de suite... Je dis tout ça pour qu’on se représente un peu le contexte de la naissance et du développement de la Pascaline.
Monsieur Pascal n’est pas vraiment un type marrant. Il est chétif et, depuis tout gamin, sujet à des crises nerveuses. Il paraît même qu’il a une phobie de l’eau ! Mais c’est un génie des maths et de la physique. A 11 ans, il s’est déjà avalé en douce les 6 premiers traités d’Euclide, qu’on ne trouve même pas à la Fnac de nos jours, et compose un petit traité d’acoustique qui fait grand bruit auprès de son père qui est à l’écoute de son fils. Comme le papa, veuf depuis plusieurs années, est confortablement installé à Paris avant d’être muté à Rouen, le fiston du conseiller d’Etat fréquente du beau monde dans son salon, qui lui fait son éducation de savant et homme célèbre dans les siècles à venir. Il y a là Roberval, un matheux et physicien qui inventera une balance en 1670, Gassendi, touche-à-tout dans les sciences, bien d’autres pointures à perruque du XVIIe siècle encore. À 16 ans, Blaise publie un essai sur les coniques (je n’ai pas dit « comiques », qu’il ne devait pas fréquenter tous les jours !). En partie paralysé et souffrant d’un fourbi de choses qui ne devaient pas lui arranger les humeurs dès l’âge de 18 ans, il travaillera dix ans à la mise au point de sa machine arithmétique, que je vais vous présenter maintenant, en laissant de côté ce qui ne la concerne pas de la vie de Blaise Pascal, de ses relations avec les Jansénistes, de Port-Royal, de son pari sur Dieu, de ses « Provinciales », de ses « Pensées », de ses études sur la physique et le calcul des probabilités (mais peut-être qu’un autre petit texte comme celui-ci, si l’envie m’en prend ?) Toujours est-il qu’il ne fut plus en 1662. Il mourut à Paris, à 39 ans.
La machine arithmétique
Comme dans les calculateurs modernes, la Pascaline possède les 3 éléments de base qui permettent son fonctionnement et son utilisation : Un système d’entrée des données : son inscripteur Un système de traitement des données : son mécanisme à roues dentées Un système d’affichage des résultats : ses afficheurs Bon, d’accord, l’utilisation de la Pascaline se limitait aux opérations La Pascaline fonctionne par la composition successive des nombres à additionner ou à soustraire sur un clavier, l’inscripteur, qui est un alignement de roues à tourner à raison d’une roue par chiffre, une pour celui des unités, une pour celui des dizaines (dans le cas d’un calcul décimal), etc. Une fois le premier nombre entré, la composition du deuxième affiche le résultat Ce qui est plus surprenant aujourd’hui où le système décimal s’est généralisé, c’est que la Pascaline était conçue pour additionner et soustraire dans le système monétaire français de l’époque. Il ne s’agissait alors pas de francs ni d’euros, mais de livres, de sous et de deniers qui, comme en Angleterre, utilisaient un système à base 10, base 12 et base 20 ! La Pascaline se présente sous forme d’un coffret en laiton, approximativement de la taille d’un clavier d’ordinateur. Des modèles en cuivre, en ébène, en ivoire furent fabriqués.
Échec de la commercialisation.
Sur le plan technique, le philosophe Leibniz perfectionnera un peu plus tard l’invention quand même géniale de Blaise Pascal. Il y a, d’après ce que j’ai pu lire ici ou là, 4 exemplaires de la Pascaline exposés aujourd’hui au Conservatoire national des Arts et Métiers à Paris, 2 à Clermont-Ferrand et d’autres dans des collections privées.
La machine arithmétique de Pascal : si elle avait eu du succès, toute la face de la terre aurait-elle changé ?
(texte susceptible de modifications) |



l’informatique (je reviendrai à des temps plus anciens ultérieurement), c’est qu’elle est une sorte d’ancêtre de l’ordinateur portable. J’imagine les comptables et agents de l’état effectuant leurs tournées dans les campagnes avec leur petite boite à roues dentées sur les genoux dans les diligences, comme aujourd’hui nos chers costumes deux-pièces et leurs ordinateurs portables dans le TGV. Encore eut-il fallu que la Pascaline fût au point et produite ! On va voir ça, mais j’ai déjà des doutes, à cet instant de mon récit.
Son créateur, donc notre Blaise Pascal, est né en 1623 à Clermont. Ce qui fait qu’il est Auvergnat, comme Vercingétorix, Danièle Gilbert et Valérie Giscard d’Estaing. Il n’a donc que 19 ans quand il construit sa première machine à compter les picaillons piqués au pauvre peuple.
arithmétiques de base, l’addition et la soustraction ; la multiplication et la division étaient réalisées par des successions d’additions ou de soustractions. Il y a moins d’un demi-siècle, avant l’invention des calculettes et des ordinateurs, on commercialisait des machines à calculer qui n’en effectuaient pas davantage que la Pascaline !
dans de petites fenêtres situées au dessus de l’inscripteur. Je ne pense pas qu’il soit intéressant de rentrer dans les détails du mécanisme de la Pascaline, qui fonctionne par l’entraînement successifs de roues dentées et crantées, comme dans un système mécanique d’horlogerie.
La Pascaline est l’occasion pour Pascal, qui pensait aussi au fric en bon fils de son père, d’écrire son premier texte qui ne soit pas un traité de physique ou de mathématique. Mais c’est en fait un libelle publicitaire, « Avis à ceux qui auront la curiosité de voir la Machine arithmétique et de s’en servir ». Comme il espère bien faire fortune avec son invention, il se démène comme un diable pour en parler partout où il peut, il fait du marketing direct auprès des grands de ce monde, à la reine Christine de Suède même, il se pousse du col comme un Houellebecq vantant sa prose. Il veut s’appeler Bill Gates ! Il charge le sieur de Roberval de la commercialisation. Il houspille les artisans chargés de la fabrication de la Pascaline. Mais ça ne marche pas, il y a un bug dans ses calculs ! C’est qu’elle est vachement chère, sa machine arithmétique. Cent livres ! Je ne sais pas ce que ça fait, mais il paraît que c’est hors de prix ! Donc voilà, exit la Pascaline.