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Mardi 15 janvier 2008

Merci à Linaigrette de m'avoir communiqué cet extrait de la brillante et corrosive correspondance de Gustave Flaubert. Évidemment, tout commentaire serait superflu, mais je dédis ce morceau d'anthologie à tous nos empêcheurs de pétuner en rond, nos Bouvard et  Pécuchet du XXIe siècle qui nous écrivent - à coups de restrictions à la liberté, d'interdits, de répression, de lobotomisation médiatique et autres charmants moyens de nous rendre la vie impossible - un nouveau dictionnaire des idées reçues, nettement moins drôlatique que l'autre.

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 « Ah ! sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare elle serait incolore, sans la chique elle serait intolérable ! Les imbéciles vous disent toujours : « singulier plaisir ! tout s’en va en fumée. » Comme si tout ce qu’il y a de plus beau ne s’en allait pas en fumée ! et la gloire ? et l’amour ? et les rêves où vont-ils, où vont-ils, mes amis ? Dites moi donc si les plus beaux spasmes des adolescents, si les plus larges baisers des Italiennes, si les plus grands coups d’épée des héros ont laissé autre chose dans le monde que n’en a laissé ma dernière pipe. Il faut convenir que les gens graves sont grotesques et que le peu d’éléments comiques que possède le siècle vient encore d’eux. Il n’y a pas pour moi de prêtre à l’autel, d’âne chargé de fumier, de poète hérissé de métaphores ni de femme honnête qui me semble aussi comique qu’un homme sérieux.» 

Gustave Flaubert. Lettre à Ernest Chevalier. 2 septembre 1843.

par Christian Goubet publié dans : chroniques erratiques

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