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Mercredi 30 novembre 2005

Conférence du Ministre des mots pour ne rien dire et ne rien faire.

Mesdames, Messieurs,

Il est grand temps d'agir et de réformer Noël! Je veux parler du mot Noël, bien entendu ! Il n'est pas question de remettre en cause les rites et les traditions de quelque religion que ce soit !
En effet, malgré son nombre réduit de lettres, le mot Noël est assez difficile à prononcer. Si l'on veut bien y regarder, la succession des voyelles o et ë oblige à un mouvement rapide et peu gracieux des lèvres. Il serait donc temps d'agir sur ce mot pour le rendre plus facile à prononcer !
J’aborderai plus loin les solutions proposées, car, comme si ce premier défaut de Noël ne suffisait pas à nous embêter, il présente une seconde difficulté. Ainsi, lorsque l’on n’est pas obligé de le prononcer mais de l’écrire, l’utilisation d’une majuscule et d’un accent ostentatoire (tout ça en 4 lettres, notez le bien !) ne facilite vraiment pas sa transcription, que ce soit manuellement ou pire à l’aide d’un clavier d’ordinateur ! Démonstration :
N : appui simultané de la touche majuscule et de la lettre en question
o : relâche de la touche majuscule et frappe de la lettre
ë : dans un premier temps appui simultané de la touche majuscule et de la touche d'accent (d'un usage rare, notons-le), puis appui sur la lettre e afin que la combinaison de ces 3 touches nous donne le caractère accentué désiré
l : enfin après tout ça cette lettre ne présente, heureusement, pas de difficulté majeure.
Devant ce que l’on peut appeler des barbarismes rétrogrades et une entrave à la liberté de parler et d’écrire vite, nous sommes d’avis qu’il serait grand temps d’adapter Noël à notre temps, et d’en réformer l’orthographe et la prononciation.
Voici  les solutions étudiées lors les travaux de la commission que je préside, qui font l’objet d’un rapport de 380 pages disponible sur le site Internet du Ministère des mots pour ne rien dire et ne rien faire
1) ne pas toucher à Noël, ce qui est la solution de facilité, mais ne règle rien
2) interdire Noël, ce qui là aussi ne résout rien, surtout pas le problème des industries du Réveillon;
3) réformer le mot en interdisant le port de la majuscule sur la première lettre et celui de l’accent sur la troisième. Le problème est qu’un certain nombre d’intégristes du mot feraient systématiquement du mauvais esprit en transformant le o et le e en œ, ce qui reviendrait à prononcer Noël «NEUL», approximativement. C’est laid !
4) obliger l’écriture du mot en majuscules sur sa totalité. Mais ça ne résout pas le problème de la prononciation.
5) utiliser un mot étranger, par exemple Christmas, mais beaucoup de français restent réticents à cet apport ostensible de mots extérieurs à sa langue et à sa culture !
On le voit, il n’y a pas de solution parfaite en restant accroché à ce mot. La commission préconise donc de le remplacer par un mot entièrement nouveau. Elle a déterminé scientifiquement que le mot le plus approprié serait le mot «blouf», que l’on écrirait sans majuscule sur sa totalité. Il a en effet l’avantage de conserver une structure courte et originale comme le mot Noël qu’il remplace, mais est beaucoup plus facile à prononcer et à écrire.
Démonstration :
«Qu’est ce que vous faites pour blouf !»
«je pars à la montagne pour les fêtes de blouf !»
«Pâques aux tisons, blouf au balcon»
«joyeux blouf», etc..
On le voit, aucune difficulté majeure d’écriture ni de prononciation, ni de modification fondamentale de la structure linguistique à laquelle nous sommes attachés et qui reste la base de notre société !
Mais en fin de compte, c’est le Président de la République qui tranchera. Le rapport de la commission est entre ses mains. Il devrait annoncer sa décision le 24 décembre au soir, lors d’une allocution télévisée..
Je vous remercie de votre attention
Joyeux blouf à tous !

Intervention  de l'énarque-stagiaire rédacteur du dossier, qui postule au poste de porteur de mots-valises au ministère des mots pour ne rien dire et ne rien faire

Monsieur le Ministre, c'est un projet grandiose !

Le mot «blouf» offre de belles perspectives de mots dérivés, qui respectent à la fois l'euphonie et la phonétique et permettent l'introduction dans notre belle langue française d'expressions nouvelles. Ainsi, par exemple,

«on va bloufer chez la belle-famille le 25 décembre, et vous, où blouferez-vous?», ou

«en période bloufale revivent les morfales», ou encore

«c'est une idée grotesque un repas bloufesque au mois de juin», ou enfin

«bloufête tombe un vendredi, tu ne vas quand même pas aller bosser!».

Et n'oublions pas bien sûr le succès du «Petit Papablouf»!

réponse du ministre

Ah ! Voilà des développements sémantiques qui vont dans le sens de la rigueur et de l'efficacité de notre économie linguistique. Il est indispensable de moderniser la langue française si le pays veut demeurer indépendant des autres langues et rester un leader de ce marché où la concurrence anglo-saxonne est rude !

(euh, monsieur le Ministre, vous avez dit "leader", vous ne croyez pas que?)
Oui pardon, je voulais dire un... euh... Enfin je veux dire que nous ne nous maintiendrons en tête de l'industrie linguistique, surtout française, que si nous procédons aux regroupements phoniques et orthographiques nécessaires !
Mais cependant je dit halte au prosélytisme de certains bloufiens radicaux qui voudraient imposer l'usage du mot blouf pour l'ensemble des fêtes religieuses. Cela conduirait à des aberrations du style de «blouf au balcon, blouf aux tisons».
Franchement, à quoi ça rime, ça ? Hein?
(si, si, ça rime, monsieur le Ministre, là!)
Ah bon? De toute façon nous n'accepterons jamais de telles dérives ! Autant parler le schtroumpf, pendant qu'on y est !
(bravo, ah bravo monsieur le Ministre ! Dites, je peux prendre mes bloufertétés la semaine prochaine?)

repris et modifié depuis le site des Cahiers éGotistes

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